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Comment une américaine a pu cacher sa grossesse à Big Data

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Janet Vertesi, professeur adjoint de sociologie à l’Université de Princeton a essayé de cacher à Internet sa grossesse durant neuf mois. Cela vous semble être facile ? Vous vous trompez lourdement. Et oui, Big brother et les marketeux de tout poil sont à l’affût des femmes enceintes sur le Web !

Les femmes enceintes sont en effet particulièrement convoitées sur le Net : une fois que la publicité en trouve une, il ne la lâchera plus. Les annonceurs pourront la convaincre d’utiliser des Huggies ou des Pampers, de préférer tel ou tel biberon ou telle ou telle crème pour les fesses du futur bébé : une femme enceinte est une consommatrice indécise en puissance qui passera par Internet pour rechercher des informations spécifiques (ce que les professionnels appellent le 'Zero Moment of Truth') : une cible en or pour les équipes de marketing.

Dans une conférence Web de Brooklyn, Janet Vertesi a expliqué comment et par quelles ruses elle avait caché sa grossesse à Big Data, cette immense banque de données qui collecte toutes les informations potentiellement réutilisables notamment à des fins commerciales.

Vertesi raconte qu’il faut être conscient des traces que chacun de nous peut laisser sur le Web et qui finissent dans une base de données. Et si la valeur moyenne d’une personne lambda sur Internet vaut 10 cents, elle est de 1,50 dollars pour une femme enceinte. Vous comprendrez que les algorithmes sont particulièrement à l’affût de tout geste, recherche, annonce qui lui mettrait la puce à l'oreille...

Vertesi explique qu’il faut tout d’abord s’assurer qu’il ne sera fait aucune mention de la grossesse sur les médias sociaux. Dans son cas, elle a téléphoné directement à ses amis et sa famille afin de leur annoncer la bonne nouvelle et leur a demandé expressément de ne pas en parler sur Facebook et ailleurs sur le Web. Elle a été jusqu’à « unfriended » son oncle après que celui-ci lui ait envoyé un message de félicitation via Facebook.

En outre, Janet Vertesi a fait en sorte de n’utiliser que des espèces lors des achats qui concernaient sa grossesse. Ainsi aucune information n’a pu filtrer via ses cartes de crédit ou cartes fidélité.

En ce qui concerne ses achats Online, Vertesi a crée un compte Amazon lié à une adresse email sur un serveur personnel. Tous les paquets lui ont été livrés à un casier local et non à son adresse personnelle. Enfin elle n’a utilisé que des cartes-cadeaux Amazon achetées en liquide et utilisées en ligne.

Summum : elle a dû aussi aussi utiliser ce qu’on appelle le Darknet -un réseau privé d’ulisateurs friend-to-friend- et le logiciel Tor pour naviguer de manière anonyme. Si le Bitcoin, la monnaie virtuelle, a mauvaise presse car elle sert souvent à acheter des produits illégaux en ligne, Vertesi assure qu’elle les a utilisé uniquement pour faire son shopping sur BabyCenter.com.

Un parcours du combattant donc qui n’est d’ailleurs pas sans pièges. Par exemple, lorsque son mari a voulu acheter une poussette qui coûtait plus de 500 euros grâce à des cartes-cadeaux Amazon, une entité de contrôle (la Rite Aid) a réclamé que ce genre de transaction onéreuse soit déclarée aux autorités. Ce paiement en cash soulevait en effet des soupçons et cette série d’attitudes -prises ensemble sur le Web- a fait penser que Vertesi était engagée dans des activités criminelles.

Résumons donc : Darknet, Tor, silence radio sur Facebook, chèques cadeaux, Bitcoin, no cartes de crédit, casier postal, email anonyme, cela fait beaucoup pour cacher une simple grossesse à Big Brother. D’autant que celui-ci vous marque au fer rouge si vous éveillez ses soupçons par des pratiques alternatives donc douteuses.

Selon Winter Mason, chercheur au data center de Facebook, il ne serait désormais plus possible d’échapper au Big Data. Souriez, vous êtes fichée !

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